
Le prolongement de la LGV Kénitra-Marrakech constitue le plus grand chantier ferroviaire lancé au Maroc depuis la mise en service d’Al Boraq. Sur près de 430 kilomètres, cette nouvelle ligne à grande vitesse doit relier Tanger à Marrakech en moins de trois heures et rebattre les cartes pour tout le secteur du BTP national. Pour les particuliers qui construisent le long du tracé comme pour les entreprises et PME du bâtiment, l’enjeu est considérable.
Un projet structurant à l’échelle du pays
La ligne actuelle Al Boraq relie Tanger à Kénitra depuis 2018. Le nouveau tronçon prolonge cette infrastructure vers le sud, en desservant l’axe économique le plus dense du royaume : Rabat, Casablanca, puis Settat avant d’atteindre Marrakech. L’objectif affiché est de faire circuler des trains à grande vitesse sur un corridor continu du nord au centre du pays.
Ce chantier s’inscrit dans une stratégie ferroviaire de long terme qui vise à relier progressivement les grandes métropoles marocaines par la grande vitesse. Il ne s’agit pas seulement de poser des rails : le projet englobe des gares nouvelles, des ateliers de maintenance, des raccordements aux réseaux existants et une modernisation profonde des installations techniques.
Un calendrier tendu par l’échéance 2030
L’organisation conjointe de la Coupe du Monde de football 2030 par le Maroc, l’Espagne et le Portugal impose un rythme soutenu. Plusieurs villes hôtes marocaines figurent sur le tracé ou à proximité immédiate, ce qui fait de la mise en service une priorité nationale. Cette échéance agit comme un accélérateur : les marchés sont lancés tôt, les délais sont serrés et la pression sur les entreprises de travaux est forte.
Les ouvrages d’art : viaducs, ponts et gares nouvelles
Une ligne à grande vitesse ne tolère ni virages serrés ni fortes pentes. Le tracé impose donc de nombreux ouvrages d’art pour franchir oueds, vallées, routes et voies existantes. On y trouve des viaducs de plusieurs centaines de mètres, des ponts-rails, des passages inférieurs et supérieurs, ainsi que des remblais et déblais de grande ampleur.
Les gares nouvelles constituent l’autre volet visible du projet. Certaines villes verront émerger des pôles d’échange modernes, pensés pour connecter le train à grande vitesse aux réseaux de bus, aux taxis et, à terme, aux transports urbains. Ces bâtiments mobilisent l’ensemble des corps d’état : gros œuvre, façades, second œuvre, lots techniques et aménagements extérieurs.
Le défi technique du terrassement
Avant même la pose de la voie, le terrassement représente une phase colossale. Il faut modeler une plateforme parfaitement stable sur des centaines de kilomètres, gérer des millions de mètres cubes de déblais et remblais, et traiter les sols instables. C’est un travail de longue haleine qui mobilise engins lourds, laboratoires géotechniques et une logistique d’approvisionnement en granulats considérable.
Les corps de métiers mobilisés
Le chantier fait appel à une chaîne de compétences très large. Au-delà du terrassement et du génie civil, la partie ferroviaire proprement dite requiert des savoir-faire spécialisés que peu d’acteurs maîtrisent localement.
| Corps de métier | Rôle sur le chantier |
|---|---|
| Terrassement | Plateforme, déblais/remblais, drainage |
| Génie civil | Viaducs, ponts, ouvrages en béton armé |
| Voie ferrée | Pose des rails, ballast, traverses, appareils de voie |
| Caténaires | Électrification, poteaux, lignes aériennes de contact |
| Signalisation | Systèmes de sécurité, commande centralisée, télécoms |
| Bâtiment | Gares, ateliers de maintenance, locaux techniques |
Cette diversité explique pourquoi un tel projet irrigue tout l’écosystème du BTP : des grandes entreprises de travaux publics jusqu’aux artisans et fournisseurs locaux mobilisés en sous-traitance.
Un effet d’entraînement sur le BTP local
Historiquement, les grands chantiers ferroviaires génèrent une demande soutenue en matériaux : ciment, acier, granulats, béton prêt à l’emploi. Les centrales à béton installées à proximité du tracé, les carrières et les transporteurs profitent directement de cette dynamique. Pour les PME du bâtiment implantées près de Kénitra, Rabat, Casablanca, Settat et Marrakech, c’est une occasion d’activité pluriannuelle.
À titre indicatif, on observe généralement sur ce type de projet des besoins récurrents en main-d’œuvre qualifiée : conducteurs d’engins, coffreurs, ferrailleurs, soudeurs, techniciens de laboratoire. La tension sur ces profils peut faire grimper les rémunérations locales et pousser les entreprises à investir dans la formation.
Ordres de grandeur pour les entreprises
Les fourchettes qui suivent sont données à titre purement indicatif et varient fortement selon le lot, la région et la conjoncture des matériaux. Elles servent à situer les ordres de grandeur, non à établir un devis.
| Poste | Fourchette indicative |
|---|---|
| Location d’une pelle hydraulique avec chauffeur | 3 000 à 6 000 DH / jour |
| Béton prêt à l’emploi (livré) | 900 à 1 400 DH / m³ |
| Main-d’œuvre qualifiée (coffreur, ferrailleur) | 200 à 450 DH / jour |
| Acier à béton | Selon cours du marché, très variable |
Immobilier : quel impact le long du tracé ?
L’arrivée d’une gare à grande vitesse tend à valoriser son environnement immédiat. On l’a constaté à Tanger et à Kénitra après la mise en service d’Al Boraq : les quartiers proches des nouvelles gares ont attiré des programmes résidentiels et tertiaires. Le même mécanisme peut se reproduire à Settat et autour des futures gares du prolongement.
Pour un particulier qui envisage de construire ou d’acheter, la proximité d’une future gare est un critère à surveiller, sans surinterprétation : la valorisation dépend aussi de l’aménagement urbain, des accès routiers et de l’offre de services. Mieux vaut vérifier les documents d’urbanisme locaux plutôt que de spéculer sur une plus-value automatique.
- Consulter le plan d’aménagement de la commune avant d’acheter un terrain.
- Vérifier les servitudes liées à l’emprise ferroviaire, qui peuvent limiter la constructibilité.
- Anticiper les nuisances de chantier pendant la phase de travaux.
Opportunités pour les entreprises et les PME
Les très grands lots reviennent généralement à des groupements d’entreprises de dimension nationale ou internationale. Mais la sous-traitance et les prestations de proximité ouvrent de réelles perspectives aux PME marocaines : location d’engins, transport, fourniture de matériaux, travaux annexes, clôtures, signalisation de chantier, hébergement et restauration des équipes.
Pour se positionner, une PME a intérêt à se mettre en règle sur la qualification, la sécurité et la capacité à répondre aux exigences documentaires des donneurs d’ordre. La certification, la traçabilité des matériaux et le respect des normes de sécurité deviennent des critères déterminants sur ce type de marché.
FAQ
Quelle est la longueur de la LGV Kénitra-Marrakech ?
Le prolongement porte sur un tracé d’environ 430 kilomètres reliant Kénitra à Marrakech, en desservant l’axe Rabat-Casablanca-Settat. Ce chiffre reste un ordre de grandeur communiqué autour du projet et peut évoluer selon le tracé définitif retenu.
Quand la ligne sera-t-elle mise en service ?
La mise en service est associée à l’horizon de la Coupe du Monde 2030, que le Maroc coorganise. Les calendriers précis dépendent de l’avancement des différents lots et peuvent connaître des ajustements ; il convient de suivre les annonces officielles.
Une PME du BTP peut-elle travailler sur ce chantier ?
Oui, principalement par la sous-traitance et les prestations de proximité : location d’engins, transport, fourniture de matériaux ou travaux annexes. Il faut généralement être qualifié, respecter les normes de sécurité et pouvoir répondre aux exigences documentaires des donneurs d’ordre.
Conclusion
La LGV Kénitra-Marrakech est bien plus qu’un projet de transport : c’est un moteur d’activité pour le BTP marocain, du terrassement aux gares nouvelles, avec des retombées attendues sur l’immobilier et l’emploi local. Pour les entreprises comme pour les particuliers, l’enjeu est d’anticiper. Suivre l’avancement des marchés, se mettre en conformité et surveiller l’aménagement urbain autour des futures gares sont autant de réflexes utiles pour tirer parti de ce chantier structurant, tout en gardant à l’esprit que les chiffres et calendriers restent à confirmer par les sources officielles.


